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BelleVille 09 - © Google Earth

Je laisse aux nombreux avenirs (non à tous) mon jardin aux sentiers qui bifurquent
Jorge Luis Borges, Fictions

« Sentiers qui bifurquent »

Inspiré par l'œuvre de Berio et par l'esprit de Borges, Agora 2009 prend la forme d'une rencontre transdisciplinaire inédite autour de la notion de complexité dans les arts et la science. Les labyrinthes des Sentiers qui bifurquent appartiennent à l'architecture et à la littérature contemporaines, à la dramaturgie musicale et au montage cinématographique, à la trajectoire de Luciano Berio ou à la signature de Lars von Trier, deux figures emblématiques du festival de l'Ircam. Agora ou l'échappée hors de la spécialisation avec pour seul fil d'Ariane, le labyrinthe lui-même.

Au cours de cette manifestation, les œuvres protéiformes de Berio « provoqueront » les créations de Luis Fernando Rizo-Salom, Luca Francesconi et Bruno Mantovani. Dans le scénario d'Agora, chaque soirée possède une identité singulière : telle lecture musicale de quatre « peintures noires » de Goya, une première collaboration avec l'Orchestre de Paris où l'orchestration s'apparente à la chimie du goût, un « projective opera » réunissant le compositeur Hèctor Parra, le plasticien anglais Matthew Ritchie et la physicienne Lisa Randall... En filigrane des vingt créations d'Agora se retrouve la fascination mutuelle entre science et art, procédant par analogie, fiction ou application, par correspondances et bifurcations.

La notion de complexité qui traverse de nombreux champs du savoir (mathématique, physique, biologie moléculaire, économie, sciences humaines...), connaît aujourd'hui de nouvelles extensions liées à la logique du vivant et à l'émergence. Elle se manifeste dans la création artistique sous une pluralité d'attributs : variété et ambiguïté, irréductibilité et discontinuité, intégration du hasard et systèmes ouverts. Mais cette complexité générée n'est en rien garante de la richesse perçue : cet écart maîtrisé signale aussitôt l'œuvre d'envergure. Un terme commun, la complexité, s'applique tout à la fois à un processus artistique et à une théorie, au réel et à sa connaissance, alors même que ces domaines ont si peu l'occasion de « s'éprouver » ou de s'exercer mutuellement. Telle est la spécificité du symposium déployé au sein d'Agora : proposer des objets de réflexion partagés - œuvres musicales, littéraires, cinématographiques, théories scientifiques. Organisées avec le Département du développement culturel du Centre Pompidou (Spectacles vivants, Cinémas, Revues parlées), deux rencontres réunissant des compositeurs, écrivains et cinéastes éclaireront les stratégies temporelles de leurs œuvres respectives. Dans la tension entre désordre, redondance et apparition du neuf se noue une intrigue sensible : la recherche ou la création d'un ordre momentané au sein d'un chaos apparent. Par l'écriture de l'attente et de l'imprévisible, des arts autonomes esquissent ce méridien commun.

Le nouveau festival de l'Ircam offre à la création musicale quelques alliés substantiels et de considérables interlocuteurs hors de ses frontières, ce que ni le militant ni le contempteur de la musique contemporaine ne veulent envisager. Berio déjà, dans la forêt obscure du sens, au milieu de multiples sentiers qui bifurquent - Dante et Sanguinetti, Joyce et Calvino, Machado et Eco - aura été le nom retentissant d'un croisement en acte.
Bifurquer, c'est opérer transversalement.

Frank Madlener