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Symposium « Sentiers qui bifurquent ».

Colloque "La complexité dans les arts et la science"

Du 10 au 12 juin, l'Ircam organise en collaboration avec le Département du développement culturel du Centre Pompidou un symposium international croisant quelques expériences esthétiques d'envergure et des prospectives scientifiques sur la notion de complexité qui traverse aujourd'hui de nombreux champs du savoir.

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Peut-on interroger les conditions de la conception, de l'écriture, de la réalisation, de la réception sous l'angle de la complexité dans le cinéma, la littérature, la peinture, l'architecture comme dans la musique ? Les modèles scientifiques semblent nous enseigner en tout cas que les systèmes qui captent notre intérêt sont au « bord du chaos ». C'est en effet à la frontière de l'ordre et du chaos que les systèmes évoluent vers des niveaux supérieurs d'organisation et que les attracteurs sont suffisamment nombreux pour susciter un front d'innovation soutenu tout en évitant - pour l'observateur - l'épuisement cognitif inhérent à l'ordre ou au désordre total, tout en favorisant aussi des possibilités d'appropriation progressive qui réduisent à leur tour l'intensité de la surprise. Si l'on admet que de telles propriétés sont effectivement recherchées, même de manière purement intuitive, par les créateurs, on peut alors se demander s'il n'existe pas un lien qui nouerait entre elles les stratégies temporelles du compositeur, du cinéaste, de l'artiste numérique - stratégies par lesquelles est orienté d'une certaine manière le temps subjectif du spectateur - et les stratégies relatives à la complexité structurelle de l'œuvre.

Modèle mathématique MENSDans cette rencontre entre artistes et scientifiques, la relation au temps dépasse le cadre local des stratégies opératiques. Pour Prigogine, les bifurcations cristallisent l'histoire du système. Au sein de toutes les formes et processus de  la matière ou du vivant se trouvent capturés des points de bifurcation constituant une chronologie de l'évolution des systèmes et de leurs interactions anciennes avec le milieu. Pour l'artiste se trouve aussi posé le problème du choix et de la délégation du choix.

Pour nous orienter dans le vaste réseau des questions qui pourront ainsi être partagées entre acteurs des sciences ou des arts lors de ces journées, nous avons choisi d'organiser les rencontres en trois thématiques :

  • la thématique Langages sera consacrée à la pensée de l'écriture, les mathématiques, les langages formels, la logique et l'informatique, la complexité algorithmique.
  • la thématique Conceptions se configure autour de la pensée systématique de la création, de l'engendrement, de la complexité structurale, de l'intentionnalité, des dispositifs (auto-)poïétiques.
  • la thématique Temps, Espace et Perception abordera la complexité physique et perceptive, les modèles de mémoire, d'anticipation et de surprise, la narration, l'histoire, l'interprétation, les grandes échelles de réseaux et de sociétés.

Dans chacune de ces thématiques générales, et de manière transversale, les concepts importants des sciences de la complexité, notamment auto-organisation, autonomie et émergence dans les systèmes loin de l'équilibre, ainsi que les grands paradigmes-domaines (physique, biologie, information, etc.) seront à la fois explicités pour le public et mis à l'épreuve d'une confrontation avec les pratiques artistiques, aussi bien comme outils d'analyse que de création.

Argument du symposium

Intervenants

Epistémologie, philosophie : Henri Atlan (entretien filmé), Jean-Pierre Dupuy
Informatique / théorie de l'information : Grégoire Carpentier, Arshia Cont, Shlomo Dubnov
Mathématique : Marc Chemillier, Paul Bourgine, John Casti, Andrée Ehresmann
Musicologie-interprétation : Philippe Albèra, Mario Caroli
Physique-chimie : Jean-Pierre Boon, Carl Djerassi, Wiebke Drenchkan, Lisa Randall, Richard Taylor, Denis Weaire
Architecture : Philippe Rahm
Composition-théorie : Geoffroy Drouin, Brian Ferneyhough, Jean-Luc Hervé , Fabien Lévy, Hèctor Parra, Dmitri Tymoczco
Cinéma : Lars von Trier (en visioconférence), Raoul Ruiz
Littérature : Christophe Claro, Mark Danielewski, Renaud Camus

Colloque organisé en collaboration avec le Centre Pompidou, l'ISC-PIF (Institut des Systèmes Complexes de Paris Île-de-France), le CREA (Centre de recherche en épistémologie appliquée - École Polytechnique), l'Université libre de Bruxelles, l'IIASA (International Institute for Applied Systems Analysis). Avec le soutien de la MRT (Mission de la recherche et de la technologie du ministère de la Culture et de la Communication), du CNRS, de la Andrea von Braun Stiftung et du projet CO-ME-DI-A (EACEA - Projet Culture 2007-2013 de l'Union européenne).

Photo : "Le modèle mathématique MENS, développé par Andrée Ehresmann et Jean-Paul Vanbremeersch, pour modéliser l'émergence de processus cognitifs complexes".

9h30-18h / Centre Pompidou, petite salle

Entretien avec Henri Atlan

Chapitre 1 : Mesurer la complexité ou la signification

Chapitre 2 : Le "programme" génétique : limite d'une métaphore informatique pour la biologie

Chapitre 3 : Auto-organisation et extériorité

Chapitre 4 : Sous-détermination de la théorie par les faits : l'autre complexité

Rencontres

lundi 8 juin

Rétrospective Lars von Trier

Rencontre avec le cinéaste en visioconférence

Lars von Trier, cinéaste venu du Danemark, doit sa reconnaissance internationale aux prix décernés par le Festival de Cannes à Breaking The Waves en 1996 puis à Dancer In The Dark en 2000, et à l'immense succès public qui s'ensuivit.

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Lars von TrierDepuis, il a affirmé une œuvre et une personnalité passionnantes et complexes, volontiers provocatrices, que la rétrospective intégrale de ses films et ses vidéoconférences au Centre Pompidou, dans le cadre du festival Agora, entendent questionner.

Ce 8 juin, le cinéaste revient sur l'ensemble de son œuvre avec Pascal Mérigeau, critique au Nouvel Observateur, et échange avec le public par visioconférence, en direct de Copenhague.
Discussion suivie de la projection de courts métrages inédits, réalisés par Lars von Trier lorsqu'il était adolescent et pendant ses études à l'École danoise de cinéma.

Production Ircam-Centre Pompidou et Le Département du développement culturel (Les Cinémas) du Centre Pompidou. Avec le soutien du projet CO-ME-DI-A (EACEA-Projet Culture 2007-2013 de l'Union européenne).

Crédit photo : Lars von Trier © Zentropa

Lundi 8 juin, 18h30 / Centre Pompidou, Cinéma 1

mercredi 10 juin

Les espaces labyrinthiques de Mark Danielewski, Brian Ferneyhough et Lars von Trier

L'écrivain américain, le compositeur britannique et le cinéaste danois (par visioconférence, en direct de Copenhague) parlent de la complexité dans leur art et des espaces labyrinthiques, virtuels ou réels, de leurs œuvres respectives. Rencontre entre littérature, musique et cinéma.

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L'espace de Mark Danielewski procédait d'Internet avant d'envahir les pages d'un premier livre culte, House of Leaves (La Maison des feuilles), conçu comme un immense réseau fictionnel.

L'espace de Lars von Trier est toujours le lieu d'une invention de la technique. Ainsi son Direktør utilise-t-il le cadrage assisté par ordinateur qui règle automatiquement les plans : les bifurcations du récit subissent les interruptions ex-machina du narrateur-réalisteur. Autour de cette notion de « hasard organisationnel », méditée par Henri Atlan, la rencontre de ce soir pourrait emprunter son titre à un tableau de Bruegel et à l'œuvre homonyme du compositeur Brian Ferneyhough, La Chute d'Icare. Un événement a eu lieu, dont la trace reste secrète, absorbée dans la multitude et l'indifférence d'actions parallèles.

Avec : Mark Z. Danielewski, Brian Ferneyhough, Lars von Trier (en visioconférence), et un entretien filmé avec Henri Atlan.
Henri Atlan participe à ce symposium à travers un entretien filmé avec Frank Madlener, Andrew Gerzso et Gérard Assayag, réalisé à l'Ircam le 20 mai 2009. Plusieurs extraits de cet entretien seront diffusés au cours du colloque et sur le site Agora.
Extrait 2 : « Auto-organisation et extériorité »

Médiation : Omar Berrada, Frank Madlener

Rencontre suivie de la projection d'un court-métrage inédit de Lars von Trier, Images d'une libération (1982, 57').

En collaboration avec le Département du développement culturel (les Revues parlées) du Centre Pompidou. Avec le soutien du projet CO-ME-DI-A (EACEA - Projet Culture 2007-2013 de l'Union européenne).

Mercredi 10 juin, 19h30 / Centre Pompidou, Cinéma 1

vendredi 12 juin

Passage des temps

« Ce que nous appelons la réalité est un certain rapport entre ces sensations et ces souvenirs qui nous entourent simultanément - rapport que supprime une simple vision cinématographique, laquelle s'éloigne par là d'autant plus du vrai qu'elle prétend se borner à lui - rapport unique que l'écrivain doit retrouver pour en enchaîner à jamais dans sa phrase les deux termes différents ».

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Dotant l'écrivain de cette mission singulière, Marcel Proust invoque plus encore la possibilité d'une écriture complexe du temps, tout à la fois mémoire et amnésie créatrice, celle qui hante précisément le cinéma et fonde la temporalité musicale.

Cette injonction proustienne, le réalisateur Raoul Ruiz, auteur d'un « Temps retrouvé », l'a intégrée dans sa vaste filmographie. Son interlocuteur, Jean-Pierre Dupuy, interroge à son tour les télescopages des temps, convoquant Henry James ou le Hitchcock de Vertigo. Le troisième invité de la rencontre, l'écrivain Renaud Camus, aura fait des « passages » des temps, un style et une chronologie, un journal et une forme privilégiée, l'églogue, capable de s'ouvrir et se propager en tout point. L'ultime mot du symposium sur la complexité revient à la musique de Berio et aux rires de sa Sequenza III, théâtre de la voix affectée du multiple.

Avec : Jean-Pierre Dupuy, Raoul Ruiz, Renaud Camus, Philippe Albèra.

Médiation : Marianne Alphant, Andrew Gerzso

Luciano Berio, Sequenza III pour voix, par Johanne Saunier.
Brian Ferneyhough, Cassandra Dream Songs pour flûte, par Mario Caroli

En collaboration avec le Département du développement culturel (les Revues parlées) du Centre Pompidou.

Crédit photo : © Élise Maillard

Vendredi 12 juin, 19h30 / Ircam, Espace de projection